Le lendemain, Chris m'annonce simplement et sans détour le diagnostic:
"carcinome papillaire".
Normalement une cytoponction ne permet pas d'être aussi affirmatif mais là apparemment pas de suspense. Elle m'explique longuement et calmement que c'est, de tous les cancers thyroïdiens celui de meilleur
pronostic, que l'on dispose de toute une palette de traitements à commencer par la chirurgie, complétée au besoin d'un traitement à base d'iode radioactif.
Elle m'explique enfin que l'on peut très bien vivre sans thyroïde à condition de prendre un traitement de substitution à vie très peu contraignant, un comprimé de
lévothyrox tous les matins et un suivi régulier de certains paramètres sanguins permettent de vivre tout à fait normalement.
Toute une somme d'informations, qui me sont devenues très familières aujourd'hui mais qui sur le coup de l'annonce m'avaient un peu embrouillé l'esprit.
Je voudrais profiter de cet instant du récit pour renvoyer tous ceux qui
sont en quête d'informations sur les maladies de la thyroïde et tous leur à-côtés vers le fantastique forum de discussion de l'association
Vivre sans thyroïde. Une mine d'information et des personnes (spéciale dédicace à Béate la présidente) toujours promptes à vous répondre et vous faire part de leurs expériences.
Dès l'instant que le diagnostic est posé, il n'y a plus de questions à se poser, il faut faire ce qu'il y a à faire et avancer. Chris m'a donc dégoté un chirurgien, Alex avec lequel nous avons fixé une date d'intervention: le 29 avril 2011.
La première fois que j'ai vu Alex et son allure d'étudiant binoclard dégingandé tout droit sorti d'une bande dessinée de Maëster, je me suis dit: waaoo il à l'air jeune! Il sait tenir un bistouri?
Assez loin de l'idée que je me faisais d'un chirurgien grisonnant censé être au sommet de son art à la cinquantaine et à qui je m'apprêtais à confier le soin de me découper la gorge les yeux fermés (forcément avec l'anesthésie...).
Mais dès qu'il a commencé à parler et à expliquer l'intervention avec sa voix grave et rassurante agrémentée de gestes courts et précis des mains, j'ai dit banco!
Alex m'a donc pratiqué une
thyroïdectomie totale le vendredi 29 avril au matin à la Clinique Belledonne.
En fait l'opération se déroule sous anesthésie générale et se réalise en deux temps, le chirurgien enlève le lobe gauche (celui contenant le nodule) et là attend que l'anapath confirme le diagnostic:
c'est vraiment du crabe ou juste du surimi?
le chirurgien poursuit alors l'opération en retirant le lobe droit et en réalisant un "curage ganglionnaire" qui consiste à retirer préventivement les ganglions lymphatiques du cou pour éviter une dissémination du cancer.
Les complications les plus fréquentes bien que rares de la chirurgie thyroïdienne concernent une altération passagère ou définitive des cordes vocales qui se trouvent à proximité. Dans mon cas, rien de tel: dès le lendemain je gazouillais de nouveau comme un pinson.
J'avais juste hérité d'une seconde mâchoire composée d’agrafes métalliques du plus bel effet au travers de la gorge. Un truc comme
ça (désolé je n'ai pas la mienne sous la main).
Retour à la maison dès le dimanche et une petite semaine de convalescence avant de reprendre le boulot.
Trois mois plus tard la cicatrice est presque indécelable (et là c'est vraiment la mienne):
Bien joué Alex doigts de fée !